Imprimer

Comprendre le vaginisme

Comprendre le vaginisme

620

 

Aujourd'hui, nous parlons de plus en plus des difficultés sexuelles chez l’homme, le vaginisme est en revanche très méconnu. Pourtant, le vaginisme a toujours existé, ou du moins, on sait lui donner un nom approprié. C'est un dysfonctionnement sexuel féminin assez répandu et  pouvant survenir à n'importe quel âge. Le vaginisme est un trouble intime qui désigne une peur irrationnelle et même phobique du coït, ayant pour effet une impossibilité pour la femme d’être pénétrée par son partenaire. De cette définition sont exclues les malformations vulvo-vaginales qui peuvent aussi rendre la pénétration impossible. 

Dans le vaginisme, les organes génitaux sont normaux et ne présentent aucune pathologie, mais dès l’approche du pénis, les muscles de l’entrée du vagin se resserrent très fortement et de façon involontaire. Les contractions musculaires sont répétées, persistantes et totalement incontrôlables. Ce trouble est classifié comme psychophysiologique, ce qui signifie que la source est psychologique. L’inconscient envoie un message fort de refus, se traduisant par une réaction physiologique : la fermeture instantanée et non-contrôlée des muscles entourant le vagin par instinct de protection. La femme ne provoque donc pas ces contractions délibérément. Ainsi, bien que le coït paraisse consciemment désiré par la femme, il demeure irréalisable. 

 

 

1

 

Notre corps possède un système réflexe de défense qui se protège de toute intrusion. Lors d'un coup dans le ventre, les muscles abdominaux se contractent de manière spontanée. De même, lorsqu'un insecte ou un objet s'approche de nos yeux, ceux-ci se ferment instinctivement. De façon semblable, la femme souffrant de vaginisme adopte une attitude défensive et ferme involontairement et puissamment son vagin pour se protéger d’un corps extérieur et de la douleur. Malgré son désir conscient de permettre la pénétration, cet automatisme inconscient de défense l’emporte toujours. 

Il se manifeste le plus souvent par une gestuelle de recul et de fermeture des cuisses, mais également par une contraction involontaire des muscles entourant le vagin. Quand la première barrière gestuelle est tombée, les spasmes incontrôlables des muscles restent et obstruent l’entrée vaginale, ce qui se traduit systématiquement par de très vives douleurs à chaque tentative d’intromission, rendant ainsi la pénétration totalement impossible. La femme se sent alors comme "verrouillée de l’intérieur" et chaque coït est vécu comme si le partenaire butait contre un mur.

 

Différentes formes de vaginisme

Vaginisme primaire : Survient depuis la toute première tentative de coït. 

Vaginisme secondaire Apparaît du jour au lendemain, après une vie sexuelle sans problème lié à la pénétration.

Vaginisme global Se produit dans toutes les situations, quel que soit le partenaire et à chaque tentative de pénétration (pénis, doigt, tampon, spéculum, etc.). 

Vaginisme partiel : Intervient dans certaines situations uniquement, par exemple avec un partenaire et pas avec un autre, lors de rapports sexuels, mais pas avec des tampons ni pendant les examens gynécologiques, etc.

Le vaginisme ne rend donc pas toujours l'intromission irréalisable. Ainsi, plusieurs combinaisons sont possibles. La forme primaire et globale du vaginisme représente la fréquence la plus répandue. 

 

Impact sur la vie sexuelle du couple 

On ne peut nier l'incidence du vaginisme sur la sexualité du couple, surtout au début de son histoire. Les femmes ressentent souvent une très forte culpabilité et l'idée de ne pas pouvoir "être comme tout le monde" leur est insupportable. Parfois, certaines femmes en arrivent à éviter les gestes d'affection du partenaire (caresses, baisers, etc.) par peur qu'ils ne conduisent à un rapport sexuel avec tentative de pénétration. Les hommes quant à eux, se sentent souvent démunis et n'ont pour la plupart, tout comme leur compagne, jamais entendu parler du vaginisme avant d'y être confrontés. Par ailleurs, les appréhensions de la femme et les stratégies d'évitement qui en découlent, peuvent être interprétées par le conjoint comme étant un désintérêt sexuel ou un manque d'amour. 

Les conséquences du vaginisme peuvent donc peser fortement sur l'équilibre sexuel et affectif des partenaires. Cependant, bien souvent, le couple arrivera au bout du compte à s'accommoder avec ce problème. Les conjoints peuvent même développer une sexualité active et faire l'amour à leur manière, sans pénétration, mais avec toutes les caresses que leur imagination leur permet d'inventer. Si aucun coït n'est anticipé, les femmes souffrant de vaginisme peuvent ressentir du désir et du plaisir. Il arrive parfois que les partenaires soient heureux dans la situation telle qu'elle est et préfèrent ne pas tenter de la changer. Certains réussissent à vivre ensemble ainsi pendant plusieurs années. Le vaginisme n'est donc pas toujours incompatible avec la vie de couple. À coté de ce cas général, en fonction de la durée du vaginisme, de la manière dont il est apparu, de l'histoire personnelle de la femme et du comportement du partenaire, toutes les configurations sont possibles, comme dans n'importe quel autre trouble sexuel : absence de désir, dégoût ou peur de la sexualité, conflits conjugaux, frustration, dévalorisation de soi, perte de confiance, etc. 

 

 

2

 

Au-delà des signes visibles et de la contraction des muscles vaginaux, le vaginisme peut avoir un sens (significations et origines) complexe. Cela pousse à s'interroger sur les facteurs qui déclenchent le vaginisme. Dans quelle mesures certaines femmes sont plus susceptibles que d'autres de développer ce problème ? Les raisons sont multiples et le vaginisme reste encore à ce jour très mystérieux. Les causes les plus récurrentes sont les suivantes.

 

Éducation sexuelle très négative

La source du vaginisme se trouve bien souvent dans une éducation sexuelle et affective inexistante, négative ou très stricte. En effet, durant l'enfance ou l'adolescence, pour de nombreuses femmes, le sexe a été tabou, objet de honte, fréquemment associé à des sentiments de culpabilité et de peur, avec de forts interdits (de la nudité, de la masturbation, des caresses affectueuses, etc.). Il semblerait également que l'éducation religieuse ou culturelle dans laquelle la virginité serait très valorisée, renforcerait le blocage sexuel et la peur d'être pénétrée. Ce contexte familial de dits et de non-dits vis à vis de la sexualité, mais aussi ce qui a pu être entendu, vu ou lu en dehors (discussion ou lecture effrayante à propos de la "première fois", accès précoce à la pornographie, etc.) peut expliquer en partie, chez la femme victime de vaginisme, sa peur phobique d'être blessée lors de la pénétration vaginale. 

 

Méconnaissance de l'anatomie féminine

La femme victime de vaginisme (surtout primaire) connaît souvent très mal son corps et particulièrement ses organes génitaux. En général, elle n'utilise pas de tampons périodiques. Elle se représente un vagin trop petit, voire inexistant ou pense avoir un hymen dur et épais qui obstrue complètement l'orifice vaginal. D'ailleurs, bien souvent, elle n'en a jamais observé les contours avec un miroir, ni même exploré les profondeurs en le touchant. À cause de la non-intégration mentale de son vagin ou de l'ignorance des véritables "mensurations" de celui-ci, toute pénétration est alors vécue comme une tentative d'intrusion agressive dans le corps et non dans une cavité ou un creux. Cette perception n'est pas liée à un quotient intellectuel déficient et la femme souffrant de vaginisme possède en général un vagin parfaitement normal, mais elle est totalement incapable de se le représenter mentalement. C'est un peu comme si elle n'en possédait pas. Par un mécanisme inconscient complexe, la femme ne peut donc concevoir une quelconque pénétration sans douleur et sans se protéger du "danger" par des contractions musculaires.

 

Abus sexuels ou premières expériences sexuelles traumatisantes

Il est plutôt rare de découvrir que l'origine du vaginisme remonte à une agression, mais il arrive parfois qu'un traumatisme psycho-sexuel survenu dans l'enfance, l'adolescence ou à l'âge adulte en soit effectivement la cause (maltraitances sexuelles, physiques, verbales ou rapports sexuels douloureux, dévalorisants ou mal vécus). Le blocage s'explique par la peur d'une très forte agressivité masculine, comme si le corps gardait en mémoire une intrusion forcée. La pénétration est alors synonyme de souffrance et les muscles vaginaux vont immédiatement se contracter pour provoquer la fermeture et se protéger de ce que la femme considère inconsciemment comme une menace. 

 

Peur du sperme et homosexualité latente

La crainte d'une maladie sexuellement transmissible, la peur de tomber enceinte (parfois à la suite d'une IVG) ou une tendance homoxuelle latente, peuvent également expliquer la phobie ou du moins, le rejet de la pénétration vaginale lors d'un rapport sexuel entre un homme et une femme. 

 

Accouchement et vaginisme secondaire

L'accouchement et les douleurs qu'il entraine, sont susceptibles de provoquer un vaginisme secondaire, surtout si la reprise des relations sexuelles a été prématurée. Les femmes qui ont eu recours à une épisiotomie sont particulièrement concernées, puisque c'est souvent l'image persistante d'un vagin endommagé ou blessé qui est à l'origine de ce type de vaginisme. 

 

Après une dyspareunie

Il arrive assez fréquemment qu'un vaginisme s'installe après une dyspareunie (pénétration possible mais douloureuse). En effet, la peur d'avoir mal pendant le rapport sexuel conduit souvent le corps à se protéger contre cette douleur, en contractant notamment les muscles du vagin dès la tentative de pénétration.

 

Difficultés relationnelles temporaires, mais non résolues

L'histoire de la femme, du couple ou le contexte des rapports sexuels, peuvent également expliquer le vaginisme. Un choc émotionnel peut en effet provoquer une réaction physiologique de défense, par exemple suite à des difficultés personnelles, familiales ou profesionnelles (deuil, dépression, perte d'emploi, etc.) ou de problèmes relationnels avec le partenaire (déception amoureuse, infidélité, rejet du conjoint, etc.). 

 

Connaître la cause

Bien que les facteurs déclenchants soient extrêmement multiples, la plupart du temps, la femme souffrant de vaginisme ne retrouvera pas la cause exact de son problème. Parfois, il n'y a pas de causes lointaines ni profondes. La simple peur de la douleur ou la mémoire d'une douleur peut provoquer la fermeture involotaire du vagin et s'auto-entretenir par la suite. Il arrive que trouver les causes de ce problème puisse aider certaines femmes à le dépasser, mais comprendre l'origine exacte du vaginisme ne le résout pas systématiquement. Ainsi, même si les causes ont disparu, il se peut que le problème persiste et devienne peu à peu une réponse conditionnée, un processus presque mécanique de cause à effet. Plus les tentatives de pénétration se répètent et aboutissent à des échecs, plus la peur augmente. La femme pense d'avance à la douleur du coït et pour éviter d'avoir mal, elle aura tendance à espacer, voire à supprimer les rapports sexuels. L'anticipation de la douleur engendrera une tension musculaire et elle sera alors enfermée dans un véritable cercle vicieux. 

 

 

3

 

Les caractéristiques communes 

Elles ont en général l'allure d'une enfant ou d'une adolescente dans un corps de femme, sont souvent très pudiques ou dans le contrôle permanent. Le mécanisme de contrôle est une caractéristique que l'on retrouve assez fréquemment dans les problématiques de vaginisme. Dans la plupart des cas, le blocage du vagin représente une défense contre les anxiétés profondes liées à la sexualité, à la féminité et au rapport à l'autre sexe. Il semblerait toutefois que le contrôle soit vu comme l'un des éléments du vaginisme plutôt que comme la cause du problème. 

La plupart des femmes ont également une conception très romantique de la sexualité. Génalement, elles se méfient des hommes, mais aiment leur partenaire. Elles ont peur des organes génitaux, en particulier du pénis en érection (qu'elle trouve presque toujours "trop gros") ou de l'éjaculation, vécue comme une souillure. La personnalité de la femme souffrant de vaginisme est souvent marquée par d'autres phobies parallèles (peur des insectes, de conduire, du noir, de travailler avec le public, de parler au téléphone, etc.). Chez les femmes atteintes de ce trouble sexuel, les rêves de viol ou les fantasmes à caractère agressif-sadique sont relativement fréquents. 

 

Le milieu familial  

Le milieu familial dans lequel elles ont évolué est souvent caractérisé par un père dominant, autoritaire ou très protecteur. Elles ont été en général été de "bonnes filles", obéissantes et ne causant aucun problème particulier à leurs parents. La mère quant à elle, est fréquemment perçue comme ayant été "étouffante" ou très contrôlante. Par ailleurs, elle est souvent décrite comme n'aimant pas le sexe ou considérant cette activité comme une obligation dévalorisante et humiliante. La relation sexuelle est alors perçue comme une sorte de bataille où la féminité serait un signe de faiblesse, de vulnérabilité et de passivité. Les femmes atteintes de vaginisme se fermeraient-elles pour ne pas être infidèles à leur mère ? 

 

La place de l'homme dans le maintien du vaginisme  

La femme souffrant de ce problème sexuel est souvent en couple avec un conjoint tendre et affectueux. Ce choix inconscient du partenaire est fréquemment marqué par les mêmes critères. Elle aura tendance à choisir un homme gentil, courtois et non agressif. C'est la plupart du temps, un compagnon compréhensif, attentionné, patient et qui ne souhaite pas faire de mal. Sur le plan sexuel, selon certains spécialistes, ces hommes seraient peu affirmés dans leur virilité (qu'ils placeraient éventuellement ailleurs). Ils douteraient de leur puissance coïtale et auraient peur de leur agressivité sexuelle. Ces qualités rassurantes pour la femme et paradoxalement la "passivité" qui en découle, joueraient un rôle majeur dans le maintien des symptômes et entretiendraient artificiellement le vaginisme (particulièrement en début de relation). 

 

 

4

 

Le vaginisme est en quelque sorte un problème dépendant de l'activité sexuelle. Pour découvrir sa présence, il faut généralement avoir eu une ou plusieurs tentatives de pénétration, avec un ou différents partenaires et des échecs répétés. Mais communément, pour diagnostiquer un vaginisme, la femme doit surtout passer par un examen gynécologique. Ainsi, le médecin pourra vérifier que les organes génitaux extérieurs ne souffrent d'aucune pathologie, confirmer les contractions involontaires des musles à l'entrée du vagin et l'impossibilité d'introduire le doigt ou le spéculum lors de la consultation. 

 

Un examen gynécologique difficile

Le vaginisme rend très souvent l'examen gynécologique difficile, voire impossible. En effet, chez certaines femmes, l'approche du doigt ou du spéculum provoque une peur panique pouvant rendre irréalisable toute exploration du vagin et même parfois l'examen des organes génitaux externes. Souvent, le simple fait d'ouvrir les cuisses devant le médecin est insupportable. Si une femme pense être atteinte de vaginisme, un contrôle gynécologique est pourtant nécessaire, au besoin sous anesthésie, afin d'exclure toute maladie infectueuse ou anomalie physique, et d'évaluer la gravité du problème. Si la patiente est trop paniquée (mouvements de recul, main bloquant celle du médecin, resserrement des jambes, tremblements, pleurs, etc.), le gynécologue peut arrêter toute manoeuvre intrusive et observer les mains derrière le dos. Si l'examen tactile est indispensable, une anesthésie générale peut être envisagée afin que le médecin y voit un peu plus clair. 

 

Connaître l'histoire sexuelle de la patiente 

Soulignons que compte tenu du caractère multiple du trouble sexuel, l'examen gynécologique seul, ne peut pas toujours diagnostiquer la présence ou affirmer l'absence d'un vaginisme. Par exemple, pour une femme souffrant de vaginisme partiel, la pénétration avec son partenaire sera difficilement réalisable, alors qu'elle pourra accepter l'examen gynécologique sans trop de difficultés. Un diagnostic exact nécessite donc de connaïtre aussi l'histoire sexuelle des deux partenaires. 

 

 

 

 

 Casser les idées reçues ►